Le Plaisir des Dieux
Association pour la défense et la promotion des salles de garde en France
Pourquoi une association pour les Internats et les salles de garde ?
L’Internat : un lieu de vie.
Pour qui ignore tout de l’univers médical, l’internat apparaît d’abord et surtout comme un lieu où règnent licence et débordements. Cette connotation peu glorieuse s’explique sans doute par le caractère secret et jalousement préservé d’un univers d’emblée réservé à des initiés. Elle n’est qu’une vision erronée, un cliché véhiculé.
Pour comprendre ce que sont l’Internat et sa salle de garde, il faut revenir aux origines de l’Internat, c'est-à-dire au début du XIXe siècle. Lorsqu’il fut créé, il était spécifié que les internes devaient vivre à l’intérieur de l’hôpital — d’où le nom même d’ « interne » — les internes logeant sur place dans des chambres. Une salle commune fut mise à leur disposition pour qu’ils puissent y prendre leur repas et rencontrer leurs collègues. Souvent affublée d’une bibliothèque permettant l’étude, la salle de garde se vit alors dotée également de cuisine propre. Cet ensemble était parfois regroupé en un pavillon indépendant, dit pavillon des internes ou Internat.
La salle de garde est donc à l’origine un lieu de vie : l’endroit où les internes se créent un espace de sociabilité, en marge et cependant sur le lieu même de leur travail. Au fil du temps, ils se sont appropriés cet espace, parfois vétuste et peu propice à la convivialité. Un certain nombre de rites et pratiques ont alors vu le jour dont les significations sont à chercher dans des temps plus reculés : le repas devient banquet,et se codifie tandis que des fresques ornent les murs et que les chansons paillardes fleurissent …
À partir de 1936, les internes mariés ont bénéficié de l’externement d’office. Ce premier pas vers la fin de l’obligation de résidence permanente au sein de l’hôpital aurait pu poser la question de la légitimité du lieu. Or les salles de garde ont acquis au fil du temps une fonction bien spécifique dans le cadre même du travail à l’hôpital, fonction dont les rites témoignent.
Les Salles de garde : un continuum dans la formation du médecin.
Dans son travail quotidien, l’interne est confronté à un univers hostile, dur, impitoyable, où la maladie et la mort se côtoient en permanence. Il trouve là un lieu où il peut poser ce lourd fardeau l’espace d’un repas et adoucir son quotidien : exutoire indispensable pour que l’exercice de la médecine ne devienne pas un calvaire.
La salle de garde offre un espace de rencontre, conservant en cela sa vocation première. Elle permet aux internes de différentes spécialités qui sont amenés à ne rester que l’espace d’un semestre de faire connaissance. Elle permet de rompre ainsi l’individualisme et l’isolement nuisible à l’exercice de la médecine. Elle assure une amitié confraternelle entretenant le compagnonnage si cher à la formation médicale française. Elle est le lieu privilégié, qui par ces rites, va permettre cette prise de conscience essentielle de corps au sein du corps médical En effet, la médecine s’apprend au lit du malade et repose sur une transmission du savoir. C’est un des garants essentiels contre le fléau qui frappe les soignants : le burn out syndrome. Il faut y voir là une spécificité française.
Une exception culturelle et identitaire française en danger ?
À comparer les systèmes existant dans différents pays, on constatera vite que la salle de garde est un lieu spécifiquement français. L’anonymat froid et impersonnel qui règne entre les médecins de services ou de spécialités différentes qui n’ont pas eu la chance d’avoir un lieu de rencontre, est une différence fondamentale pour la bonne prise en charge du malade.
Les salles de garde furent un lieu riche en événements et en personnalités marquantes qu’elles soient issues du monde médical, ou littéraire et artistique. Écrivains, artistes, peintres ont fréquenté jadis les salles de garde, laissant des témoignages écrits (qu’il s’agisse des Goncourt…), ou picturaux. Elles assument pleinement leurs histoires. De grands noms de la médecine les ont fréquenté et les fréquentent toujours, comme en témoignent les fresques d’hier et d’aujourd’hui.
Or cette exception identitaire et culturelle se voit menacée par une gestion des hôpitaux qui se veut économe et profondément pensée en termes administratifs. Dans cette perspective, la donnée identitaire du lieu et de ses traditions importe peu. L’aspect culturel et historique ne trouve pas sa place. L’administration veut parfois supprimer les Internats avec ses chambres en premier lieu puis sa salle de garde sur ces arguments.
A-t-on alors pensé à la pratique de la médecine, aux risques auxquels sont exposés les soignants ?. Risques de suicide, de dépression, de divorces et de burn out syndrome y sont plus élevés : cette population soigne les autres mais prend-elle soin d’elle ? Les enjeux dépassent de loin la simple disparition d’un lieu, perçu à tort comme folklorique pour ne pas dire inutile et moralement peu correct.
Que fait l’association ?
Son origine parisienne n’est pas ignorée. Depuis 10 ans, l’association organise régulièrement des dîners de salle de garde en début de semestre pour tous les internes d’Ile de France.
Elle est à l’origine de la création de l’A.P.P.I. : Association pour la Préservation du Patrimoine de l’Internat. Elle réalise grâce à monsieur Patrick Balloul, éditeur, et au Dr Josset, une exposition sur l’histoire des salles de garde de septembre à décembre 2008 à Paris puis en provinces. Elle veut réaliser un bal de l’Internat fin 2008 pour tous les internes de Paris et de provinces. Ces deux événements sont d’une très grande importance. Tout d’abord, ils mettent en valeur la richesse des Internats et offrent l’opportunité à tous — internes, anciens internes, amateurs d’histoire ou simple curieux — de découvrir un pan d’Histoire et un patrimoine encore par trop méconnus.
De plus, elle veut regrouper tous les Internats de France: leurs diversités font la richesse de ce patrimoine. En aucun cas, cependant, l’association ne veut se substituer aux syndicats des internes. Elle a pour but de faire connaître entre eux les Internats et aider les internes (stages inter-régions, rassemblements).
Plus qu’un leg, c’est une transmission de savoirs que nous devrons donner aux prochaines générations.
Les Internats vivent grâce à vous et pour vous. Ne laissons pas péricliter un aussi beau lieu de vie.
Florence de Caigny
Sabine Marès
Contacts :
Chorale pour le bal cmbera_1999@yahoo.fr
Organisation du bal flcaigny@club-internet.fr
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